|
| Voyage du
Pape Benoit XVI en Afrique
|
|
|
|
RENCONTRE
AVEC LES AUTORITÉS
POLITIQUES ET CIVILES AINSI
QUE LE CORPS DIPLOMATIQUE - Palais
présidentiel de Luanda - Vendredi 20 mars 2009
DISCOURS
DU
PAPE BENOÎT XVI
L’Angola sait
qu’est arrivé pour
l’Afrique le temps d’être le
continent de l’espérance. Tout comportement humain droit
est
espérance en action. Nos actions ne sont jamais indifférentes
devant Dieu ; et elles ne le sont pas non plus pour le développement
de l’histoire.
Chers amis, avec un cœur intègre, magnanime
et plein de compassion, vous pouvez transformer ce continent,
libérant votre peuple du fléau de l’avidité,
de la violence et du désordre en le conduisant sur le chemin
indiqué par les principes indispensables à toute
démocratie civile moderne : le respect et la promotion des
droits de l’homme, un gouvernement transparent, une magistrature
indépendante, des moyens de communication sociale libres, une
administration publique honnête, un réseau d’écoles
et d’hôpitaux fonctionnant de façon adéquate,
et la ferme détermination, basée sur la conversion des
cœurs, d’éradiquer une fois pour toutes la corruption.
Dans
le Message
de cette année pour la Journée mondiale de la Paix,
j’ai voulu attirer l’attention de tous sur la nécessité
d’une approche éthique du développement. En effet,
plus que de simples programmes et protocoles, les habitants de ce
continent demandent à juste titre une conversion profonde,
authentique et durable des cœurs à la fraternité (cf.
n. 13). Leur exigence vis-à-vis de ceux qui œuvrent dans la
politique, dans l’administration publique, dans les agences
internationales et dans les compagnies multinationales est avant tout
celle-ci : soyez à nos côtés de façon
vraiment humaine, accompagnez-nous, ainsi que nos familles et nos
communautés !
Le développement
économique et social en Afrique requiert la coordination des
actions gouvernementales nationales avec les initiatives régionales
et avec les décisions internationales. Une telle coordination
suppose que les nations africaines ne soient pas seulement
considérées comme les destinataires des plans et des
solutions élaborées par d’autres.
Les africains
eux-mêmes, œuvrant ensemble pour le bien de leurs communautés,
doivent être les premiers acteurs de leur développement.
À ce propos, il y a un nombre croissant d’initiatives qui
méritent d’être encouragées. Parmi elles, la
New Partnership for Africa’s Development
(NEPAD), le Pacte
sur la sécurité, la stabilité et le
développement dans la Région des Grands Lacs, le
Kimberley Process, la Publish
What You Pay Coalition et
l’Extractive Industries Transparency Initiative :
leur
objectif commun est de promouvoir la transparence, la pratique
honnête du commerce et la bonne gouvernance. Quant à la
communauté internationale dans son ensemble, la coordination
des efforts pour affronter la question du changement climatique est
d’une urgence décisive, tout comme l’entière et
juste réalisation des engagements pour le développement
indiqués par le Doha round, ainsi que la concrétisation
de la promesse des Pays développés, faite à
plusieurs reprises, de consacrer 0,7% de leur PIB (Produit
Intérieur Brut) à l’aide officielle au
développement. Cette assistance est encore plus nécessaire
aujourd’hui avec la tempête financière mondiale qui
sévit. Mon souhait est que cette assistance ne soit pas une
autre de ses victimes.
Chers amis, je
conclus ma réflexion en vous confiant que ma visite au
Cameroun et en Angola suscite en moi cette joie humaine profonde
qu’on éprouve lorsqu’on se retrouve en famille. Je crois
qu’une telle expérience est le don commun que l’Afrique
peut offrir à tous ceux qui sont originaires d’autres
continents et qui arrivent ici, où « la famille est le
fondement sur lequel l’édifice social est construit »
(Ecclesia
in Africa, n. 80).
Cependant, comme nous le savons tous, ici aussi les familles
subissent de nombreuses pressions : angoisse et humiliation causées
par la pauvreté, le chômage, la maladie, l’exil pour
n’en citer que quelques-unes.
Est particulièrement
bouleversant le joug opprimant des discriminations qui pèsent
sur les femmes et sur les jeunes filles, sans parler de l’innommable
pratique de la violence et de l’exploitation sexuelle qui leur
cause tant d’humiliations et de traumatismes. Je dois également
mentionner un autre grave sujet de préoccupation : les
politiques de ceux qui, dans l’illusion de faire progresser l’«
édifice social », en menacent les fondements mêmes.
Combien est amère l’ironie de ceux qui promeuvent
l’avortement au rang des soins de la santé des «
mamans » ! Combien est déconcertante la thèse de
ceux qui prétendent que la suppression de la vie serait une
question de santé reproductive (cf. Protocole
de Maputo, art. 14!
Mesdames
et
Messieurs, vous trouverez toujours l’Église – par la
volonté de son divin Fondateur – aux côtés des
plus pauvres de ce continent. Je peux vous assurer qu’à
travers les activités diocésaines, les innombrables
œuvres éducatives, sanitaires et sociales prises en charge
par les différents Ordres religieux, les programmes de
développement des Caritas et d’autres organisations, elle
continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour
soutenir les familles – y compris celles qui sont frappées
par les effets tragiques du Sida – et pour promouvoir l’égale
dignité des hommes et des femmes sur la base d’une
harmonieuse complémentarité. Le chemin spirituel du
chrétien est celui de la conversion quotidienne.
L’Église
invite tous les responsables de l’humanité à
l’emprunter, afin que cette dernière puisse suivre les
chemins de la vérité, de l’intégrité,
du respect et de la solidarité.
Monsieur
le
Président, je vous renouvelle ma vive reconnaissance pour
l’accueil que vous nous avez offert dans votre résidence. Je
remercie chacun de vous pour son aimable présence et pour son
écoute attentive. Comptez sur mes prières pour vous,
pour vos familles et pour tous les habitants de cette merveilleuse
Afrique ! Que le Dieu du Ciel vous soit propice et vous bénisse
tous .
RENCONTRE
AVEC LES REPRÉSENTANTS DE
LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE DU
CAMEROUN
SALUTATION
DU PAPE BENOÎT
XVI
Nonciature
apostolique
de Yaoundé - Jeudi
19 mars 2009
Chers amis,
Heureux de l’occasion
qui m’est donnée de rencontrer les Représentants de
la communauté musulmane du Cameroun, j’exprime mes sincères
remerciements à Monsieur Amadou Bello pour les aimables mots
d’accueil qu’il m’a adressés en votre nom. Notre
rencontre est un signe concret du désir que nous partageons
avec tous les hommes de bonne volonté – au Cameroun, dans
toute l’Afrique et dans le monde entier – de chercher des
occasions d’échanger nos idées sur la contribution
essentielle qu’apporte la religion à notre compréhension
de la culture et du monde ainsi qu’à une coexistence
pacifique de tous les membres de la famille humaine. Au Cameroun, des
groupes comme l’Association Camerounaise pour le Dialogue
Interreligieux, montrent combien un tel dialogue accroît la
compréhension mutuelle et contribue à la construction
d’un ordre politique stable et juste.
Le Cameroun abrite
des milliers de Chrétiens et de Musulmans qui, souvent,
vivent, travaillent et accomplissent leurs pratiques religieuses dans
un même voisinage. Tous croient au Dieu unique, miséricordieux,
qui jugera les hommes au dernier jour (cf. Lumen
Gentium, n. 16).
Ensemble, ils témoignent des valeurs fondamentales de la
famille, de la responsabilité sociale, de l’obéissance
à la loi de Dieu et de la sollicitude bienveillante envers les
personnes malades et souffrantes. En fondant leurs vies sur ces
vertus et en les enseignant aux jeunes, les Chrétiens et les
Musulmans ne montrent pas seulement qu’ils promeuvent le plein
développement de la personne humaine, mais aussi qu’ils
forgent des liens de solidarité avec leur prochain et font
progresser le bien commun.
Mes amis, je crois
qu’aujourd’hui une tâche particulièrement urgente de
la religion est de dévoiler l’immense potentiel de la raison
humaine, qui est elle-même un don de Dieu et que la révélation
et la foi fortifient. Loin de réprimer notre capacité
de nous comprendre nous-mêmes et de comprendre le monde, la foi
dans le Dieu unique l’élargit. Loin de nous dresser contre
le monde, elle nous lie à lui. Nous sommes appelés à
aider les autres à voir les indices subtils et mystérieux
de la présence de Dieu dans le monde qu’il a créé
d’une manière merveilleuse et qu’il continue de soutenir
par son amour ineffable et universel. Bien qu’en cette vie, nos
pensées finies ne puissent jamais saisir directement sa gloire
infinie, nous discernons néanmoins des aperçus de
celle-ci dans la beauté de ce qui nous entoure. Lorsque des
hommes et des femmes laissent le magnifique ordre du monde et la
splendeur de la dignité humaine éclairer leurs pensées,
ils découvrent que ce qui est « raisonnable » va
bien au-delà de ce que les mathématiques peuvent
calculer, de ce que la logique peut déduire et de ce que
l’expérimentation scientifique peut démontrer ; ce
qui est « raisonnable » comprend aussi la bonté et
l’attrait inné pour une vie morale droite qui nous est
donnée à connaître à travers le langage
même de la création.
Cette perception nous
incite à chercher tout ce qui est droit et juste, à
sortir de la sphère étroite de notre propre intérêt
personnel et à agir pour le bien des autres. C’est ainsi
qu’une religion authentique élargit l’horizon de la
compréhension humaine et est à la base de toute culture
humaine authentique. Elle rejette toute forme de violence et de
totalitarisme : non seulement à cause des principes de la foi
mais aussi d’une raison droite. En effet, religion et raison se
renforcent mutuellement car, d’une part, la religion est purifiée
et structurée par la raison et, d’autre part, tout le
potentiel de la raison est libéré par la révélation
et par la foi.
Je vous encourage
donc, chers amis Musulmans, à faire pénétrer
dans la société les valeurs qui ressortent de cette
perspective et qui élèvent la culture humaine, et aussi
à inviter d’autres personnes à participer à la
construction d’une civilisation de l’amour. Puisse la coopération
enthousiaste des Musulmans, des Catholiques et des autres Chrétiens,
au Cameroun, être pour les autres Nations africaines un
indicateur lumineux de l’énorme potentiel de l’engagement
interreligieux pour la paix, la justice et le bien commun !
Avec ces sentiments,
je vous exprime encore une fois ma gratitude pour cette heureuse
occasion qui m’est donnée de vous rencontrer durant ma
visite au Cameroun. Je remercie Dieu Tout-Puissant des grâces
qu’il a fait descendre sur vous et sur vos concitoyens, et je prie
pour que les liens qui unissent les Chrétiens et les Musulmans
dans leur profond respect pour le Dieu unique continuent à se
renforcer, afin qu’ils reflètent plus clairement la Sagesse
du Tout-Puissant, qui illumine les cœurs de tous les homme
|
|
|
|