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Source Panapress via Afriquenligne
Mauritanie: Débat sur la création d'un parti présidentiel
La création d'un parti politique destiné à soutenir l'action du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi,
élu le 25 mars dernier grâce à une coalition
hétéroclite, est au centre d'un large débat
actuellement en Mauritanie.
Samedi
soir, plusieurs hauts responsables politiques et élus de différentes
formations (majorité et opposition) ont ainsi discuté de la question
sur une chaîne de télévision et un site Internet de la diaspora (CRIDEM) très en vue.
A l'occasion de ce débat, les partisans du pouvoir, à l'instar du président du groupe parlementaire des Indépendants, Bâ Aliou Ibra, et de l'ex-ministre et actuel haut responsable du Parti républicain démocratique pour le Renouveau (PRDR, au pouvoir sous le régime de l'ex-président Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya), ont estimé nécessaire la création de la nouvelle formation.
Les tenants de cette thèse estiment que la démarche participe d'un souci de "clarification"
de la scène politique nationale et du nécessaire soutien à l'action du
chef de l'Etat pour lui permettre de conduire le chantier des réformes
politiques et économiques.
Dans le camp de l'opposition animé, entre autres personnalités, par le député Kane Hamidou Baba, vice-président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), on craint un nouveau parti-Etat sur le modèle de l'ancienne formation au pouvoir sous le magistère Taya.
Pour ce camp, un tel "retour vers le passé"
annoncerait la mort dans l'œuf des acquis de la transition et des
progrès accomplis grâce à un calendrier électoral exécuté dans la
transparence.
Messaoud Ould Belkheir, actuel président de l'Assemblée nationale et allié de taille du président Abdallahi qu'il
a soutenu lors du deuxième tour de la présidentielle du 27 mars
dernier, a farouchement exprimé son opposition face aux démarches
visant la création de ce parti qu'il assimilé à "un PRDS-bis".
Une
disposition constitutionnelle interdit au président de la République
d'assumer les fonctions de président d'un parti politique en Mauritanie.
Nouakchott - 16/09/2007
Source Cridem
Les mérites du débat, du débat d’un mérite - Par Sidi Mohamed Ould Hartane
Je remercie les responsables de ces sites qui nous offrent d’excellentes plates formes d’expression.
J’ai
suivi en différé avec intérêt le débat autour de la création d’un
nouveau parti politique proche et soutenant le programme de Sidioca.
D’aucuns s’opposent purement et simplement à sa
création dénonçant sa nature de « Parti État
»; d’autres émettent de grande réserves quant à son intégrité versus
l’intimité avec les couloirs du pouvoir et les pratiques douteuses du
jeu d’influence dont les promoteurs de ce parti sont souvent accusés.
Qu’ai-je retenu de ce débat? Quel a été son mérite? Devait-il avoir lieu?
En
réponse à cette dernière, je dirais simplement oui. Car, à l’étape
actuelle de l’histoire du pays, l’organisation de débats publics
contribuerait grandement à définir et asseoir notre démocratie
naissante. Je remercie les organisateurs du débat, Cridem et
tous les participants et les félicite de leur initiative. Vous avez
montré combien la démocratie a des vertus, en organisant publiquement
un tel débat.
Que peut-on retenir de ce débat?
Pour
moi, il ressort des quelques poussées d’adrénaline et de machisme
politique de quelques uns des intervenants, que le débat a eu les
mérites de montrer clairement :
- Les vertus de la démocratie, en :
● organisant un débat public autour de la question de la
création ou non d’un parti de soutien à un
Président en exercice,
● réunissant des intervenants à opinions
diamétralement opposées sur le thème du
débat.
Ce débat est un cri de naissance de la démocratie en Mauritanie.
Le bébé-démocratie, à la mauritanienne, est bien né. La question est de
savoir si, il va grandir ou mourir infantile, ou bien si, il va grandir
avec quelques handicaps, boiteux.
- Les
hommes, les organisations politiques, la société mauritanienne sont en
début mutation (pour ne pas dire simplement : sont mutants). Et le jeu
politique au pays, aujourd’hui, est en pleine reconfiguration. Tout le
monde se remet en cause pour couver le bébé et éviter d’être sévèrement
jugé par ce dernier et marginalisé par le cours des événements. Le vent
du changement a effectivement soufflé. La question est de savoir dans
quelle direction s’oriente-t-il.
- Dans un
système politique de gestion des affaires de l’État et de la société,
établi sur des décennies, toute velléité nouvelle de changement
engendre immanquablement de la résistance, surtout de la part des
tenants du système établi.
Dans ce cadre nous voyons, combien
les dignitaires des anciens régimes sont déterminés à reconfigurer leur
niche du pouvoir. D’ailleurs, il serait dupe de croire qu’ils
renonceraient aisément à un privilège construit sur des décennies, au
prix d’applaudissements décapant la pomme des mains et au prix d’une
remise en cause perpétuelle de sa propre personne pour un update au
quotidien face aux humeurs d’un Sultan coléreux; et cela simplement au
nom d’une démocratie en naissance.
La démocratie étant pour
tous, pourquoi ne pas se l’approprier? Car la beauté de la démocratie
réside justement dans le fait qu’elle appartient à tous et à tout en
chacun et personne n’en détient le monopole, et surtout pas
l’opposition actuelle.
- Dans
l’imaginaire politique mauritanien : tout parti qui soutient un
Président en exercice, est un parti État, du fait même que ses membres
seraient les premiers sinon les seuls à téter des mamelles de la vache
à lait de l’État. Un tel parti aurait donc la latitude de bénéficier
des faveurs du Sultan, l’expérience du passé étant édifiant en la
matière.
- Combien est grande la frustration de ceux-là qui ne sont pas au parfum des faveurs de Sidioca et du gouvernement de Zein.
Car visiblement, le nerf de la guerre et des gesticulations des uns et
des autres résident bien dans la question du partage du lait de la
vache : le temps et les acteurs de la tétée.
Visiblement, la
question fondamentale du jeu politique est celle du partage des postes,
des fonctions et nominations dans les rouages de l’État. Cela a été
clairement mentionné sans détour par certains intervenants. Ce qui
confirme et valide le concept de l’imaginaire du simple citoyen
mauritanien : tout ça c’est de la « boletigue ». Concept du langage populaire pour décrire ce qu’est la pratique de la politique en Mauritanie : la pratique du mensonge systématique pour arriver pouvoir, construire et protéger un « Privilège »,
la pratique de la bonne fois du mensonge politique ou le mensonge
politique de la bonne fois. C’est ce que les
québécois, au Canada, appellent de la menterie politique versus au mensonge politique pur et simple.
- Dans
les débats politiques publics (ou privés), les intervenants
privilégient systématiquement les attaques et la déstabilisation des
individus au détriment d’un débat d’idées et sur les idées. C’est ce
qui ressort du phallocentrisme politique de certains intervenants. L’on
a privilégié, encore une fois de plus, le règlement des comptes, la
polémique et les phrases assassines au détriment d’un débat de
construction pour arriver à un consensus. Ceci tient au fait que les
participants à un débat, en général, y viennent sans être suffisamment
documentés sur le thème et concepts autour desquels il y aura débat.
C’est ce qui explique la confusion perceptible, au cours du débat, chez
certains intervenants, dans les concepts et définitions :
● de la démocratie,
● des partis politiques,
● du concept de parti État,
● de la place des indépendants en démocratie,
● de la légalité ou non de la création d’un parti d’obédience présidentielle,
● de la légitimité ou non d’unir les
différentes tendances composant la majorité
présidentielle actuelle,
● et dans l’interprétation de la Constitution quant aux
prérogatives de l’exécutif et du législatif.
Un
exemple de cette confusion : un intervenant a souligné que la
légitimité d’un parti vient du peuple. C’est là une confusion
conceptuelle grave. Un parti politique n’est rien d’autre que le
regroupement d’un ensemble d’individus autour d’idées communes à ce
groupe précis d’individus et dans le cadre d’un projet politique commun
singulier au groupe. De ce fait, il n’a besoin d’aucune sanction de
légitimité populaire ou citoyenne. Par contre, il a besoin de légalité
et pour cela il doit se conformer à l’esprit de la Constitution et se
soumettre aux lois, textes et règles qui régissent la création et le
fonctionnement des partis.
Mais, tout parti qui veut
gouverner, appliquer son programme, doit chercher la légitimité de
l’exercice de ce dernier, auprès des citoyens, à l’occasion des
élections libres et démocratiques auxquelles participeraient tous les
autres partis politiques et candidats dits indépendants. En démocratie,
tout citoyen a le droit de se constituer candidat à un poste électif et
aller chercher la légitimité de l’exercice du pouvoir pour lequel les
élections sont organisées.
Un intervenant a qualifié
d’hérésie le phénomène des indépendants lors des élections passées.
C’est là un autre exemple de confusion dans la compréhension de ce
qu’est la démocratie et de son exercice. La démocratie garantie le
droit des citoyens à s’organiser ou non, autour et dans le cadre d’un
parti politique, dans le respect de la Constitution et des lois en
vigueur. Tout citoyen a le droit de s’exprimer, de se constituer
candidat à une élection, en simple individu singleton, ou dans le cadre
d’un parti politique donné. Les indépendants font donc partie des
béni-ghouzéyétés citoyens de droit et partie prenant au jeu de la
démocratie.
En démocratie, les partis politiques n’ont pas le
monopole de la participation aux élections, ni le monopole des idées,
de projets politiques, de la capacité de convaincre ou de la compétence
à gérer un pays, entre deux échéances électorales. Sidioca
nous a donné un bel exemple de la capacité d’un indépendant de rallier
à sa cause un bon nombre de citoyens autour d’un simple slogan comme
celui de « Le Président qui rassure »; sans ne jamais préciser qui sera rassuré et sur quoi il le sera.
On a vu, dans les pays dits démocratiques, en Europe et en Amériques du Nord,
des citoyens se présenter au nom d’un parti politique donné; et une
fois élus, ils dénoncent le parti parrain, le quittent et siégent en
indépendants au parlement, entre deux échéances électorales. Ce sont
les qualités des défauts de la démocratie.
- Le débat a montré également une des valeurs intrinsèques du mauritanien : « Parler et décider à la place de l’autre
», au moment où l’on est incapable de définir
et prendre sa propre décision et en assumer les
conséquences; « Juger et condamner sur de simples suppositions » telles que:
● « Oui! C’est ça que tu vas faire. Je te connais très bien. Tu ne vas pas me tromper »;
● « Tu as dit ça, mais au fond c’est ceci que tu voulais dire. Oh! Je te connais à 190% ».
Aujourd’hui,
la mouvance hétéroclite de la majorité actuelle se voit dans
l’obligation de se créer un cadre uni d’organisation et d’expression
pour coordonner efficacement son soutien politique à Sidioca.
Et certainement pour ne pas être à la traîne des évènements (En bon
citoyen!). Non seulement, on pose le problème de la légitimité de la
démarche; mais on lui fait également un procès d’intention, sur le
choix du nom et sur ce qu’il doit être ou pas être.
Il y a un fait indéniable : tous les groupes de la mouvance dite présidentielle soutiennent Sidioca. Et ces groupes veulent s’organiser en une seule entité politique de soutien au programme de Sidioca.
La question est de savoir si, au regard de la Constitution et des lois
en vigueur, ils ont le droit de se regrouper en un parti, ou en
n’importe quelle autre nébuleuse politique, en conformité avec les
textes en vigueur, pour coordonner leurs actions politiques? Si oui,
qu’ils le fassent en noms disparates ou sous le même nom hybride; cela
ne change en rien à la finalité.
Sidioca a
été élu sur la base d’un slogan fédérateur et d’un programme politique
de changement dont les contours n’ont pas été présentés que par le
slogan de « Président qui rassure ». Il revient à Sidioca
de faire ses choix et mettre en place les moyens et mécanisme du
changement qu’il a promis. C’est à lui et, à lui seul, de déterminer
sur quelles forces ou organisation politique, il va s’appuyer pour
mener le changement promis lors de la campagne électorale et livrer la
marchandise.
Comment va-t-il s’y prendre? Va-t-il le faire avec du neuf
réellement neuf ou avec du neuf par le recyclage des anciens du PRDS
qui constituent, aujourd’hui, la majorité présidentielle? Va-t-il
pouvoir laver les cerveaux des loups du rouage politique des anciens
régimes et les transformer en agneaux prêts à passer à l’abattoir, à la
veille du Id El Vitr? Ou va-t-il pouvoir faire appel à de nouvelles
alliances pour rénover radicalement le paysage politique de l’action
gouvernementale? Les réponses à ces questions reviennent à Sidioca seul.
- Pour
terminer, le débat a clairement montré que, au regard des confusions
autour des définitions et interprétations des concepts, et au regard
des velléités de la guêpe des barons des anciens régimes à reconstruire
sa niche de pouvoir, nous avons plus jamais besoin de mettre en place
des mécanicismes objectifs d’une vraie démocratie. Lesquels mécanismes
doivent être fondés sur :
● le concept d’un État de droit et d’une égalité de tous devant la loi;
● a bonne gouvernance basée sur la lutte contre la gabegie et les malversations dans la gestion de la chose publique;
●
la définition et l’exercice d’une fonction publique axée sur la gestion
saine des ressources humaines et déniés du pays, par le recrutement de
compétences appropriées;
● la mise en place d’une relance de l’économie par
le lancement de grands projets de développement
économique du pays;
●
la lutte efficace contre la pauvreté en permettant l’accès effectif à
l’éducation par une redéfinition d’un système éducatif et un
enseignement adaptés, à la santé, au travail par l’égalité des chances,
au logement, à tous les citoyens;
● la définition des modes de
financement des partis politiques, par l’État, par les citoyens
eux-mêmes, et des limites au recours à ces modes de financement;
●
la définition claire et précise de lois régissant les contours des
actions et activités des partis politiques, de leurs relations avec le
pouvoir en tant que parti de la majorité ou simplement en tant que
partis d’opposition;
● la criminalisation du délit d’initié et du
favoritisme systématique au détriment du choix judicieux
des compétences;
● la criminalisation des malversations, de la mauvaise gestion et du clientélisme politique social;
●
l’apaisement du climat social en créant une commission de
réconciliation nationale chargée des passifs sociaux, du retour
organisé des réfugiés et de l’organisation d’un débat national sur les
priorités du moment.
La
mise en place de cet ensemble de mécanismes contribuerait à
l’assainissement du climat et du jeu d’influence politiques, dans les
rouages de l’État.
Sidi Mohamed Ould Hartane
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